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Bertrand Meunier

vit et travaille Ă  Paris. Photographe depuis 2001.
Membre du Collectif Tendance floue depuis 2004

 

Bertrand Meunier

lauréat du prix Niépce 2007

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CHINE : “ERASED” : Comment j’ai plongé dans la photographie et dans un pays bouleversant

Bertrand Meunier
Propos recueillis par Andreina De Bei

J’ai fait mes premières photos au Mexique, alors que j’y travaillais avec une ONG, mais ma vocation remonte à un moment bien précis : à savoir lorsque l’on m’a offert l’ouvrage qui célébrait les cinquante ans de l’agence Magnum. Des photographes tels Robert Frank et son opus sur les Américains, ou encore Joseph Koudelka - je pense en particulier à son livre chez Delpire- m’ont durablement et profondément inspiré, mais je dois dire que c’est surtout par le cinéma qu’est venue ma passion des images. Le cinéma japonais et russe surtout, Kurosawa et Tarkovski en tête.

Par ailleurs, j’ai été voyageur bien avant d’etre photographe : j’ai traversé le Tibet à pied d’est en ouest, j’ai vécu en Bolivie, et j’avais été en Chine en 1989 et 1990, sans pour autant y faire vraiment de la photo. Il a fallu attendre 1997 pour que se précise en moi le désir de plonger dans la pratique constante, et encore quelques années de plus, avant que je ne devienne professionnel. Et que je m’immerge totalement dans ce pays de folie qu’est devenue la Chine.

La Chine me fascine et m’effraie au meme temps. Si je dois chercher une référence, je dirais encore que comme Robert Frank a fait « les Américains », moi j’aimerais faire « les Chinois » ! Ce fabuleux pays a vécu depuis le début des années 90 des bouleversements économiques et sociaux inimaginables. De puissantes restructurations d’Etat ont creusé les inégalités, paupérisé ouvriers et petits employés, déraciné les paysans. La violence qui oppose les individus, dans une sorte d’inéluctable lutte pour la survie, pour le travail, pour le logement, je la ressens tel un frisson, un coup de poing. Elle est sousjacente, permanente, elle imprègne l’atmosphère. Ce sont ces fractures, la dureté inscrite sur les visages et les attitudes, les stigmates des pressions quotidiennement subies, que je transcris. Je ne fais pas d’images de news au premier degré, l’information que je veux apporter se lit à un deuxième niveau, celui où mon émotion personnelle intéragit avec la réalité.

Cette violence transparait dans mes images. C’est mon interprétation du réel, surgie de l’envie de donner à voir de la Chine ce que l’on ne voit pas forcément. Pour ce projet, toujours en évolution et point d’ancrage de mon engagement photographique, j’ai chosi le noir et blanc. Il s’agit là d’une écriture qui s’est imposée à moi : dans sa dimension onirique et dans les nuances allant de la transparence jusqu’au charbonneux, je trouve le moyen d’exprimer aussi bien la dureté que la fragilité des gens ; la frontière ténue entre le monde réel - dans lequel évoluent ces errants des zones urbaines, prises d’assaut par paysans et ouvriers licenciés- et un monde à jamais perdu, désormais flottant entre illusions et désillusions.