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©Jean-Pierre Degas

Le printemps du photojournalisme

Dossier paru dans le journal La Croix du 23 mars 2012

Armelle Canitrot et Antoine Peillon

Certains l’avaient dĂ©jĂ  enterrĂ©. Il est clair que le mĂ©tier de photojournaliste a connu, depuis le milieu des annĂ©es 1990, une mutation brutale qui a entraĂźnĂ© fermetures d’agences prestigieuses, disparitions de revues et magazines illustrĂ©s et renoncements de grandes "signatures". Les difficultĂ©s Ă©conomiques de la presse ont, entre autres, gĂ©nĂ©rĂ© une prĂ©caritĂ© terrible de nombreux reporters. Mais, le perfectionnement numĂ©rique des appareils, la diffusion par Internet et, surtout, l’efficacitĂ© toujours confirmĂ©e de l’information visuelle redonnent vie, certes modestement, Ă  une multitude de talents, de collectifs et de nouvelles publications portant haut les couleurs du photojournalisme.

ZmĂąla, un Ɠil sur les « collectifs » de photographes

ZmĂąla, l’Ɠil curieux, revue indĂ©pendante, annuelle et bilingue consacrĂ©e Ă  la production des collectifs de photographes en France et dans le monde, tient Ă  reprĂ©senter les diffĂ©rentes formes d’écriture photographique qui foisonnent depuis quelques annĂ©es. À ses dĂ©buts, l’attachement de la revue Ă  s’inscrire dans le photojournalisme traditionnel tenait aux liens Ă©troits qu’elle entretient avec le festival de photojournalisme « Visa pour l’image », qui a lieu chaque annĂ©e Ă  Perpignan. TrĂšs vite, face Ă  la crĂ©ativitĂ© des photographes et au dynamisme des collectifs, ZmĂąla a publiĂ© des sujets, des traitements photographiques innovants, osĂ©s, diffĂ©rents. Certains photographes utilisent le numĂ©rique, d’autres pratiquent encore la photographie argentique, d’autres encore s’approprient des procĂ©dĂ©s complexes comme le transfert PolaroĂŻd sur papier, pour un rendu unique en son genre. Certains vont sur le terrain, photographient sur le vif et s’inscrivent dans la tradition du photojournalisme. D’autres prennent de la distance, mettent en scĂšne. Cette diversitĂ© d’écritures sert cependant une mĂȘme exigence : raconter une histoire.
Aujourd’hui, les collectifs de photographes reprĂ©sentent un vĂ©ritable laboratoire de la photographie contemporaine. Peu connus du grand public, ils rassemblent trois, dix ou vingt-cinq photographes. Leur organisation juridique et leur modĂšle Ă©conomique varient selon les rĂ©gions du monde. En Argentine, Sub. coop s’est naturellement constituĂ©e en coopĂ©rative, une formule adaptĂ©e au contexte historique et Ă©conomique de l’AmĂ©rique du Sud. De mĂȘme, en France, la solution la plus courante est l’association, statut dont dĂ©pendent de nombreux collectifs, tel Odessa, basĂ© Ă  Toulouse. D’autres collectifs historiques comme Tendance Floue, qui a fĂȘtĂ© ses vingt ans l’annĂ©e derniĂšre, sont constituĂ©s en SARL, ce qui ne bride en rien leur dĂ©marche plurielle et leur souhait d’indĂ©pendance.
Structures Ă©conomiquement fragiles, les collectifs de photographes Ă©closent pourtant un peu partout dans le monde, chacune dans des contextes particuliers. Au Congo, GĂ©nĂ©ration Elili permet la promotion internationale de la photographie congolaise, qui n’en est qu’à ses prĂ©mices. Originaires d’Inde, mais aussi de France, du Bangladesh ou d’Espagne, les membres de Trikaya Photo, basĂ©s sur le sous-continent indien, profitent de la pluralitĂ© de leurs regards pour interprĂ©ter une rĂ©gion du monde qui Ă©volue Ă  grande vitesse. Ce sont deux exemples parmi des dizaines d’autres. Des collectifs se crĂ©ent chaque annĂ©e aux quatre coins du monde, aussi divers par leur emplacement gĂ©ographique que par leurs travaux ou les techniques photographiques utilisĂ©es.
Sur le fond, tous ont une mĂȘme dĂ©marche : rassembler les forces, les idĂ©es, les moyens de photographes « en affinitĂ©s ». D’ailleurs, pour affirmer leur identitĂ© et renforcer leur rĂ©sistance, certains collectifs de photographes travaillent, depuis leur crĂ©ation, main dans la main avec d’autres corps de mĂ©tier. Ainsi, Argos associe photographes et rĂ©dacteurs, et le Bar FlorĂ©al est liĂ© Ă  un atelier de graphistes. Enfin, la plupart d’entre eux rĂ©pond Ă  l’évolution de l’information qui nĂ©cessite de nouveaux moyens de production (vidĂ©o, Web) et l’intĂ©gration d’autres professionnels : rĂ©alisateurs, ingĂ©nieurs du son, monteurs.
Souvent dĂ©tachĂ© de l’urgence de l’actualitĂ© brĂ»lante, le travail Ă  long terme menĂ© par la majoritĂ© des photographes de ces collectifs permet un regard documentaire profond sur l’état du monde, ses bouleversements, ses rĂ©volutions, ses mutations sociales. La confrontation de leur travail avec celui des autres membres du collectif alimente leur Ă©nergie, affine leur regard, leur donne les moyens de repartir sur le terrain. Tous sont unis par la dĂ©fense d’une mĂȘme exigence de qualitĂ© et par le dĂ©sir de partager une communautĂ© de regards. Ils entendent donner un sens durable Ă  leur travail et, dans le cas du photojournalisme, Ă  remplir leur mission : documenter justement et informer autrement sans rester Ă  la surface des Ă©vĂ©nements les plus mĂ©diatisĂ©s.
Carole Coen, CĂ©line PĂ©vrier et Fabiola Salle-Ang pour l’équipe de ZmĂąla, l’Ɠil curieux.

« La nouvelle donne du numérique », par Wilfrid EstÚve*

Former des photojournalistes est vital. Ces dix derniĂšres annĂ©es nous ont montrĂ© que trop peu de professionnels avaient Ă©tĂ© en capacitĂ© d’anticiper la transformation du modĂšle Ă©conomique des mĂ©dias traditionnels, la crise de la presse, puis celle des agences, de s’adapter Ă  l’émergence du « digital storytelling » (rĂ©cit numĂ©rique). Le numĂ©rique a profondĂ©ment marquĂ© notre sociĂ©tĂ©, aucune perspective de rebond ne pourra aboutir si nous ne pouvons intĂ©grer dans nos dĂ©marches professionnelles les nouvelles formes de journalisme visuel et de reprĂ©sentation de la photographie. Le numĂ©rique a créé des opportunitĂ©s et fait rebondir un marchĂ© sclĂ©rosĂ©, des formats dĂ©diĂ©s sont nĂ©s, faisant fortement Ă©voluer la pratique. De nouvelles postures sont apparues, elles permettent davantage de crĂ©ativitĂ© et donnent plus de responsabilitĂ©s aux photojournalistes.
L’utilisation de la photographie par la presse Ă©tait hier statique ; elle est aujourd’hui connectĂ©e, partagĂ©e, interactive et participative. Les logiques sont multisupports, la conception et l’écriture d’un projet doivent rĂ©pondre Ă  la dialectique du transmĂ©dia : une histoire peut prendre vie sur un ensemble de canaux de communication : presse, web programme ou site dĂ©diĂ©, mobile, tablette, film, sĂ©rie tĂ©lĂ©, exposition, livre, blogs, rĂ©seaux sociaux

En 2012, alors que le contenu des chaĂźnes sort du tĂ©lĂ©viseur, celui des mĂ©dias classiques y entre. Nous sommes dans des problĂ©matiques de flux, de centres d’intĂ©rĂȘt et de communautĂ©. En jouant sur des leviers qui dĂ©veloppent un univers narratif immersif et interactif, les photojournalistes n’ont jamais eu autant de moyen, d’opportunitĂ© de faire plus et mieux. Économiquement, une alternative est en train de s’opĂ©rer avec le mĂ©cĂ©nat et l’arrivĂ©e des plates-formes de financement participatif communĂ©ment appelĂ© « crowfunding ».
Aujourd’hui, le nerf de la guerre reste la production. Le photojournaliste doit continuer Ă  raconter des histoires en images. Une grande rupture dans la consommation des mĂ©dias, de l’information et de l’image nous permet un accĂšs aux contenus en tout lieu et Ă  tous moments. Dans les rĂ©seaux sociaux, la photographie est devenue « conversationnelle ». Notre sociĂ©tĂ© est portĂ©e par le numĂ©rique ; les photojournalistes en voient leur rĂŽle accru. Plus que jamais, ils restent les grands tĂ©moins de l’histoire.
La portĂ©e documentaire de la photographie fait partie intĂ©grante de notre histoire. Les photojournalistes sont des passeurs de rĂ©alitĂ©. Ils font autoritĂ© en affirmant un point de vue, donnent du sens et de la valeur Ă  la photographie. Leur pratique est dictĂ©e par une dĂ©ontologie, l’information qu’ils vĂ©hiculent est vĂ©rifiĂ©e et sourcĂ©e. C’est ainsi que les plates-formes documentaires interactives dĂ©finissent le pĂ©rimĂštre d’une information sĂ©curisĂ©e.
Qu’il s’agisse de la rĂ©alisation d’un diaporama sonore, d’une POM (Petite ƒuvre MultimĂ©dia), d’une vidĂ©ographie ou d’un webdocumentaire, sans un reportage cohĂ©rent, rien ne peut ĂȘtre envisagĂ©. Tous ces formats sont fortement ancrĂ©s autour d’un point de vue, d’un regard, d’une histoire. La production du photojournaliste est au cƓur du processus de cet Ă©cosystĂšme. Aucun univers narratif complĂ©mentaire ne peut ĂȘtre conçu sans cela.
En France, certaines des plus belles pages du photojournalisme ont Ă©tĂ© Ă©crites. Notre savoir-faire et expertise sont incontestĂ©s. Aujourd’hui, j’anime des ateliers sur les nouvelles Ă©critures Ă  l’étranger et constate que face Ă  la nouvelle donne du numĂ©rique, et au vu des enjeux, ces dĂ©marches sont vite assimilĂ©es et les dĂ©sirs grandissants.
Nous devons adopter une philosophie de l’action. La nouvelle donne nous pousse Ă  rĂ©inventer des formes de narration, d’écriture et de production. Cessons de nous attacher Ă  notre passĂ© comme Ă  un bouclier ; pointons-le au contraire comme le fer de lance de notre Ă©volution. L’avenir de notre profession dĂ©pend de notre facultĂ© Ă  anticiper les changements plutĂŽt qu’à les subir.

  • Photographe, professeur et producteur, il prĂ©side depuis 2004 l’association reconnue d’utilitĂ© publique FreeLens et a reçu, en 2005, la mention spĂ©ciale du prix Nadar pour l’ouvrage collectif Photojournalisme, Ă  la croisĂ©e des chemins (Marval et EMI-CFD, 2005).

« Un écrin de papier pour les photo-reportages », Marie-Pierre Subtil, rédactrice en chef de 6Mois

Le site Internet Flickr hĂ©bergeait 6 milliards de photos Ă  l’étĂ© 2011. BientĂŽt 7 ? Chaque annĂ©e, un nouveau milliard d’images s’ajoute Ă  la masse emmagasinĂ©e sur ce site de « partage ». La profusion est lĂ , le sens n’y est pas : dans le dĂ©luge de photos diffusĂ©es sur l’Internet, quelle est la probabilitĂ© de distinguer la vraie histoire journalistique, celle dans laquelle l’auteur s’est investi, celle qui raconte le monde ?
La revue 6Mois publie tous les
 six mois 350 pages de reportages en photos, sans publicitĂ©. Elle est nĂ©e d’un constat d’évidence : pour rendre aux travaux des photojournalistes leur valeur, il faut leur fabriquer un Ă©crin de papier. Le constat posĂ©, restait Ă  savoir s’il existe un public pour le photojournalisme. 6Mois a fait le pari de l’intelligence. Le premier numĂ©ro, paru en mars 2011, a Ă©tĂ© tirĂ© Ă  40 000 exemplaires. Il a fallu en rĂ©imprimer 8 000.
Une revue publiĂ©e deux fois par an ne sauvera pas le photojournalisme. Pour autant, le succĂšs de 6Mois fait la preuve que la presse Ă©crite se trompe lorsqu’elle fait de la photo une variable d’ajustement Ă©conomique. Les photojournalistes ont Ă©tĂ© les premiers Ă  pĂątir des restrictions de budget. La presse ne leur permettant plus de vivre, ils travaillent de plus en plus pour les organisations humanitaires, les entreprises ou le marchĂ© de l’art.
Des histoires en photos continuent pourtant d’ĂȘtre produites aux quatre coins du monde par des photojournalistes qui ont dĂ©cidĂ© de ne pas abandonner leur passion, de ne renoncer Ă  rien. L’AmĂ©ricaine Darcy Padilla aurait pu faire carriĂšre au New York Times. Elle a choisi l’indĂ©pendance pour poursuivre sur le long terme ses travaux personnels. Darcy Padilla a suivi le quotidien d’une jeune femme des bas-fonds de San Francisco, Julie, pendant dix-huit ans, jusqu’à sa mort, en 2010. Dix-huit ans de travail, aucune publication – hormis quelques images publiĂ©es en Chine et en NorvĂšge. Et pourtant, Darcy continue en suivant la fille de Julie.
Dans son premier numĂ©ro, 6Mois a consacrĂ© 50 pages Ă  cette histoire. « Une vĂ©ritable leçon de vie, de courage et de force, un impitoyable miroir tendu devant une vie cramĂ©e par la misĂšre, nous a Ă©crit un lecteur. Merci Ă  Darcy pour ce tĂ©moignage criant d’humanitĂ©. » Le mĂȘme lecteur raconte que lorsqu’il Ă©tait enfant, il y avait dans le grenier de la maison de son oncle, en Bretagne, des piles de Life et de Paris Match, et qu’il passait des heures Ă  les feuilleter, aimantĂ© par les photo-reportages. « Cette Ă©motion intense, dit-il, je l’ai retrouvĂ©e intacte avec 6Mois ».
Vu, Life, Look
 C’est dans l’histoire du photojournalisme, sa capacitĂ© d’émotion, sa valeur de tĂ©moignage, sa puissance narrative, que s’inscrit 6Mois. Mais le monde a changĂ©, Internet a bouleversĂ© la maniĂšre de faire. GrĂące aux « tuyaux » de la toile, il est possible de dĂ©couvrir en quelques clics les travaux de photojournalistes brĂ©siliens, indonĂ©siens, sud-africains, de se les faire transmettre, de communiquer avec leurs auteurs. La palette s’est Ă©largie, les photojournalistes ne sont plus exclusivement amĂ©ricains et europĂ©ens. Comme on parle de pays « Ă©mergents », des regards « Ă©mergents » apparaissent. Et pourquoi pas des lecteurs « Ă©mergents » ?
La photographie est un langage universel. Une histoire Ă©crite en photos peut ĂȘtre lue par un PĂ©ruvien comme par un CorĂ©en. 6Mois ambitionne de paraĂźtre simultanĂ©ment en Europe, en AmĂ©rique du Nord, et aussi en AmĂ©rique latine et en Asie, traduite et diffusĂ©e par des Ă©diteurs Ă©trangers. Dans le grand chambardement que connaissent les mĂ©dias, de nouveaux modĂšles se dessinent. Les photojournalistes y trouveront leur place si, comme Darcy Padilla, ils ne renoncent pas. Le troisiĂšme numĂ©ro de 6Mois est en vente dans les librairies depuis hier, le 22 mars. 350 pages. 25,50 €. www.6mois.fr

« Montrer aussi les beaux moments d’humanitĂ© », par Dimitri Beck*

Nous, journalistes, avons le besoin d’aller voir ce qui se passe sur le terrain. Certains disent que l’engagement d’un photoreporter sur des terrains comme l’Afghanistan, ces derniĂšres annĂ©es, la Libye, l’an dernier, la Syrie, aujourd’hui, relĂšve de l’irresponsabilitĂ©. Non, il n’y a pas d’irresponsabilitĂ© ! Aujourd’hui, dans ces situations, nous ne savons pas oĂč le danger se trouve, puisqu’il est partout.
Pour tous ceux qui ont couvert des conflits, l’accident n’est pas une preuve d’irresponsabilitĂ©. En revanche, les reporters doivent communiquer entre eux, parler, partager leurs expĂ©riences et si possible leurs informations, pour prendre les bonnes dĂ©cisions, pour Ă©viter de se mettre en danger plus que nĂ©cessaire. On se pose tout de mĂȘme des questions quand un confrĂšre meurt, mais sans mettre en cause une soi-disant irresponsabilitĂ©. Prenons le cas rĂ©cent de RĂ©mi Ochlik, tuĂ© Ă  Homs, en Syrie, Ă  l’ñge de 28 ans, le 22 fĂ©vrier dernier.
Avant cet Ă©vĂ©nement fatal, tout le monde s’est accordĂ© Ă  trouver son travail formidable, extrĂȘmement professionnel. Quand Ă  20 ans, 22 ans, 24 ans, il partait en HaĂŻti, puis en Égypte, en Tunisie, en Libye
, personne ne s’interrogeait sur une soi-disant excessive prise de risques. Ses photos ont notamment Ă©tĂ© publiĂ©es par Paris Match, Time magazine et le Wall Street Journal, et RĂ©mi Ă©tait d’ailleurs aux cĂŽtĂ©s du photographe français Lucas Mebrouk Dolega, lorsque celui-ci fut tuĂ© Ă  Tunis, Ses photos, toujours trĂšs fortes, ont notamment Ă©tĂ© publiĂ©es dans Paris Match, Time magazine et le Wall Street Journal. Tant qu’il revenait vivant, personne ne parlait de responsabilitĂ©, voire d’immaturitĂ©. De toute façon, du point de vue de l’information, il faut continuer Ă  aller sur les lieux de conflits, mĂȘme les plus durs. Et ceci, pour tout montrer, sans parti pris de tragĂ©die a priori.
Montrer aussi, au-delĂ  des drames, les beaux moments d’humanitĂ© qui se vivent parfois dans les moments et les lieux des plus graves tensions. Le titre de notre magazine, Polka, est le nom d’une danse. Pour nous, c’est la dans de la vie : il y a des pas difficiles, extraordinaires, vertigineux, et il y a des moments doux, subtils et charmants.

*Rédacteur en chef de Polka, le magazine du photojournalisme (bimestriel) : www.polkamagazine.com

“Photographie (s) et numĂ©rique (s). Du singulier au pluriel”

Communication de Dominique Sagot-Duvauroux et Sylvain Maresca

L'intégralité du texte à lire ici...

L’idĂ©e que le numĂ©rique affecte profondĂ©ment l’économie de la photographie a dĂ©jĂ  largement Ă©tĂ© dĂ©battue. Mais les travaux distinguent rarement les diffĂ©rents aspects de la rĂ©volution numĂ©rique ainsi que les diffĂ©rents marchĂ©s de la photographie. Cette communication a pour objet de croiser ces deux aspects. Nous distinguons quatre principales dimensions de la « rĂ©volution numĂ©rique »: [...]

‱La numĂ©risation des images professionnelles dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1990.
‱La prise de vue avec des appareils numĂ©riques Ă  partir de la fin des annĂ©es 1990.
‱La diffusion massive d’images Ă  prix trĂšs bas dans des banques d’images Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 2000.
‱Enfin, plus rĂ©cemment, le dĂ©veloppement d’images en 3D.

Chacune de ces dimensions a eu des impacts sensiblement diffĂ©rents sur les marchĂ©s et les mĂ©tiers de la photographie. La numĂ©risation des images affecte d’abord la structure du marchĂ© de l’illustration en provoquant un important mouvement de concentration qui sera ensuite amplifiĂ© par les autres dimensions de la rĂ©volution numĂ©rique. La prise de vue numĂ©rique renforce les agences tĂ©lĂ©graphiques, transforme le mĂ©tier de photographe et remet en cause l’organisation de la chaĂźne de valeur. Le web 2 et la diffusion massive d’images gratuites ou quasi-gratuites accĂ©lĂšrent le processus de dĂ©valorisation des images. Enfin, la rĂ©alisation d’images en 3D transforme le processus de construction des images, notamment publicitaires.

Ces Ă©volutions s’inscrivent cependant dans des tendances plus longues marquĂ©es principalement par une pression Ă©conomique croissante, notamment dans les secteurs de la publicitĂ© et de la presse, pression qui s’est traduite par une intensification de la concurrence par les prix.

Par ailleurs, l’histoire des photographes ou des organisations (antĂ©cĂ©dents familiaux, inscription dans une Ă©conomie plus large que la seule prise de vue, appartenance Ă  des rĂ©seaux
), le profil (plutĂŽt artiste ou plutĂŽt entrepreneur) expliquent que sur un mĂȘme marchĂ©, le passage au numĂ©rique ait Ă©tĂ© vĂ©cu trĂšs diffĂ©remment, notamment d’un point de vue Ă©conomique.

Globalement, les vingt derniĂšres annĂ©es se traduisent par une perte de l’autonomie de la photographie par rapport Ă  l’image, de la prise de vue par rapport Ă  la post- production ou aux fonctions commerciales. Fabricants de matĂ©riel numĂ©rique et photographes amateurs apparaissent comme les grands bĂ©nĂ©ficiaires de cette pĂ©riode, les photographes professionnels et les agences voyant leurs positions respectives fragilisĂ©es.

D’un point de vue mĂ©thodologique, outre le travail classique de recueil des documents dĂ©jĂ  existants (bibliographie, informations disponibles sur les entreprises, sur les mouvements de concentration, sur les photographes
), nous avons procĂ©dĂ© Ă  une trentaine d’entretiens auprĂšs de photographes positionnĂ©s sur des segments de marchĂ©s diffĂ©rents. Ces entretiens nous ont permis de prĂ©ciser le calendrier d’adoption par les photographes de matĂ©riels numĂ©riques et de mieux cerner la perception qu’ils ont eue de ces transformations, tant du point de vue de leurs mĂ©tiers que de leur marchĂ©.

La premiĂšre partie de notre communication dresse un cadre gĂ©nĂ©ral de l’évolution des marchĂ©s de la photographie au regard des diffĂ©rentes dimensions de la rĂ©volution numĂ©rique. La seconde partie illustre ces Ă©volutions par quelques cas exemplaires de la façon dont les photographes ont traversĂ© ces vingt derniĂšres annĂ©es.

“Gaza 2010”

Kai Wiedenhöfer

Au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris.

Depuis 1990 Kai Wiedenhöfer, photographe allemand engagé, réalise un travail documentaire sur Gaza.

L'exposition en grands formats panoramiques se trouve au sous-sol.

J'étais profondément frappée, moins pas les images individuelles que par l'ensemble de l'oeuvre.
Si le premier acte crĂ©atif - celui de la crĂ©ation du Monde par Dieu - est considĂ©rĂ© comme transformation du Chaos en Cosmos, je vois dans le travail de Kai Wiedenhöfer la dĂ©monstration de son antithĂšse. L'exposition montre : mĂȘme la destruction est un acte crĂ©atif.

L'exposition est sans aucun compromis: verbalement tout est detruit: maison, os humain, ùme, route, famille, bétail. La destruction est une nouvelle construction.

Pour revenir à la GénÚse : elle fut motivée par le plus grand amour. La destruction de Gaza d'aujourd'hui est basée sur la haine la plus profonde.

Esther Woerdehoff

“Dix ans du Prix Arcimboldo”

Interview de Monique Plon vice-prĂ©sidente de Gens d’images et dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale du Prix Arcimboldo, par Laetitia Guillemin, le 15 janvier 2010.

« Le rĂ©el ne reviendra jamais, puisqu’il est dĂ©jĂ  lĂ . » Dans le RĂ©el et son double, ClĂ©ment Rosset analyse le rapport de l’illusion au rĂ©el. Il part d’un postulat simple, l’illusion est le double du rĂ©el. Ce paradoxe d’un double qui est lui-mĂȘme et qui est l’autre interroge le rapport du spectateur Ă  l’Ɠuvre comme de la relation de l’homme au monde.

Ce paradoxe prend une ampleur nouvelle avec les outils de crĂ©ation numĂ©rique. L’artiste revisite la reprĂ©sentation du rĂ©el et son double : la place du spectateur. [...]

Clément Rosset: « le réel et son double », Folio Essais

L'article complet à télécharger au format pdf...

2010 douziĂšme prix Arcimboldo

Photos et créations numériques.

Muriel Bordier une «photographe-metteur en scÚne»
Par JL DERET membre de Gens d’Images & collectionneur privĂ©.

L'atelier des Gens d’ Images du 19 mai 2010 Ă  l’Institut d’ Art et d’ArchĂ©ologie ou Muriel Bordier prĂ©sentait une rĂ©trospective de ses diffĂ©rents travaux. Rencontre avec l’artiste au vernissage Ă  la Galerie Bailly le 27 mai 2010. Toujours sĂ©rieusement prĂ©parĂ©, professionnel et mĂȘme appliquĂ©, son travail ne manque pas d’ironie, d’humour distancĂ© et parfois mĂȘme de dĂ©rision. Ses Ɠuvres qui vont des photogrammes aux photos digitalisĂ©es en disent toujours plus que la simple reproduction en noir et blanc, en vues colorisĂ©es ou en montage architecturĂ©. Ses films et vidĂ©os, qu’ils soient muets ou sonorisĂ©s, gardent un rythme de surprise Ă  la Jacques Tati et propose une Ă©criture humoristique.

1° Dans sa sĂ©rie « empreintes », ses calques et photogrammes font revivre en sculpture des histoires d’origine des calvaires bretons.

2° Dans les locataires, l’habitat des cochons alignĂ©s en lotissement emprunte Ă  l’urbanisme -en champ ou en ville- des photos naturalistes sans retouches.

3° Autour du tourisme et des vacances, avec « bons baisers », des autoportraits multiples pour dĂ©pliants touristiques, avec Muriel B en copiĂ©/collĂ©, disent l’ironie des photos de groupe devant les plus beaux endroits (et envers) des mondes visitĂ©s et mĂȘme pas vus !!!!!

4° Comme dans « Dreamland » au centre Pompidou, des sĂ©ries vidĂ©os « tourista’s » tels que camps de vacances ou croisiĂšres sont autant d’images hĂ©tĂ©roclites pour « faire vite » ou « voir moins » et nous mettre Ă  distance des stĂ©rĂ©otypes classiques des vacances.

5° Enfin dans les espaces musĂ©aux rĂ©compensĂ©s par le prix Arcimboldo 2010, on retrouve tout le sĂ©rieux du travail de prĂ©paration et de construction, de mise en scĂšne et ses thĂšmes familiers: distance, humour et rĂ©flexion sur l’Ɠuvre et sa place musĂ©ale. Les rapports au regardeur, au cadre, Ă  l’architecture des lieux contemporains et aux Ɠuvres exposĂ©es sont mis en scĂšne, photographiĂ©s et virtualisĂ©s Ă  son Ă©chelle Ă  elle. Espaces publics, mais Ă©motions privĂ©es, individuelles ou collectives dans ses espaces virtuels et poĂ©tiques habitent ses constructions graphiques de ses/ces lieux « d’exhibition » Un bel exercice visuel et personnel sur nos frĂ©quentations artistiques contemporaines. Merci Muriel pour l’humour esthĂ©tique.

“Quels modĂšles Ă©conomiques pour les marchĂ©s de la photographie Ă  l'heure du numĂ©rique?”

Par Dominique Sagot-Duvauroux

A lire sur le site de André Gunthert
Cultures visuelles...

S’il y a un marchĂ© qui a Ă©tĂ© complĂštement bouleversĂ© par la rĂ©volution numĂ©rique, c’est bien celui de la photographie. Nouveaux acteurs, nouveaux modes de diffusion, nouveaux matĂ©riels, autant de changements qui ont transformĂ© la profession des photographes et affectĂ© leur revenu. En abaissant notoirement le coĂ»t de mise en circulation, le numĂ©rique offre aux amateurs la possibilitĂ© de partager leurs images sur des rĂ©seaux mondiaux puisqu’il n’y a pas d’obstacle de langue, et ces images valorisent les sites sur lesquels elles sont disponibles et plus globalement l’ensemble des entreprises qui prospĂšrent sur internet. Le numĂ©rique apparaĂźt donc comme une opportunitĂ© fantastique mais en mĂȘme temps une menace redoutable pour les acteurs de la filiĂšre photographique. Il y a tout lieu de penser que la valeur marchande et non marchande produite par les images n’a jamais Ă©tĂ© aussi forte mais pour paraphraser Yves Michaud, cette valeur est de plus en plus Ă  l’état gazeux. [...]

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Observatoire
de l’Image


La judiciarisation de la sociĂ©tĂ© est un vaste sujet sociologique et notre secteur de l'image n'a pas Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©;regroupant des professionnels (Agences photos, Ă©diteurs de livre, de magazines de cartes postales, producteurs audio-visuels),l'Observatoire de l'image dĂ©nonce les multiples contraintes abusives qui pĂšsent sur l’image d’illustration et d’information.

L’Observatoire de l’Image interpelle et sensibilise les mĂ©dias, les magistrats, les politiques et les conservateurs du Patrimoine sur les enjeux du droit de photographier, de filmer et de publier. Dans un contexte de montĂ©e des individualismes, l’Observatoire poursuit un objectif d’alerte et de pĂ©dagogie.

A cet effet, aprĂšs avoir organisĂ© des colloques annuels neuf annĂ©es de suite, L’Observatoire de l’image vient de publier un livre rĂ©capitulatif de ces annĂ©es de combat que vous pourrez obtenir sur simple demande au service juridique du SNE dmoinet@sne.fr <mailto:dmoinet@sne.fr> dans la limite des stocks disponibles ; en cas de rupture, vous aurez la possibilitĂ© de le consulter sur le site web du Syndicat national de l’édition.

L’Observatoire de l’image n’a pas de lien avec « Gens d’images » autre que le fait que j’y participe dans le cadre de mon activitĂ© professionnelle; c’est parce que le sujet me semble Ă©minemment « Gens d’image » que je vous transmets cette information en espĂ©rant qu’elle contribue Ă  enrichir votre rĂ©flexion et Ă  participer Ă  nos actions.

Bien cordialement Ă  tous
Nathalie Bocher-Lenoir PrĂ©sidente de Gens d’images

CrĂ©dit photographique de la couverture : Rip Hopkins / Agence VU’

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Ecole
Louis
LumiĂšre

Pour tous ceux qui n'ont pas pu y assister, les interventions du colloque «Nouvelles perspectives pour les photographes professionnels» qui a été organisé par l'Ecole Louis LumiÚre ont été mises en ligne ici...

Cet événement a eu lieu au Sénat les 29 et 30 mars 2010, sous la responsabilité de Madame Françoise Denoyelle, Professeur des Universités et de Monsieur Pascal Martin, Maßtre de Conférences. Une publication des actes (version papier) est également prévue.

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Appel Ă  candidature

Appel aux photographes de moins de 40 ans..

Le festival de photographie Alt. +1000 célébrera sa seconde édition en 2011. Situé dans les Préalpes vaudoises, à Rossinière, Alt +1000 fera vivre durant un été un lieu d’une rare beauté, où les promeneurs – de Suisse et de l’étranger – pourront allier les plaisirs de la décou- verte d’un village de montagne à ceux de la culture. Huit expositions de photogra- phie seront présentées dans différents lieux de Rossinière. Les travaux photographiques devront s’articuler autour du thème +1000 mètres d’altitude. Tous les genres, approches et techniques seront retenus, que le travail soit réalisé dans une vocation artistique, conceptuelle ou documentaire, qu’il pré- sente la vie des habitants de la mon- tagne ou son environnement. Alt. +1000 est un festival qui aborde différentes visions du monde de la haute altitude. La sélection des travaux exposés sera effectuée par un jury de professionnels de la photographie...

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