Café images du 19 juin 2021 : Christine Delory-Momberger

© Christine Delory-Momberger, agence révélateur

Ce Café Images de juin signait le retour de Gens d’images à la Médiathèque Edmond Rostand qui accueille nos rencontres. Sous le titre : « De l’intime en photographie : une en-quête à la lisière du visible et de l’invisible », Caroline Henry recevait Christine Delory-Momberger, auteure photographe et universitaire, membre de l’agence révélateur et chargée de l’Observatoire de l’intime de Photo Doc et Olivier Bourgoin, directeur de l’agence révélateur.

Christine Delory-Momberger nous proposait dans cette rencontre un voyage à travers une en-quête photographique initiée il y a un peu plus d’une dizaine d’années qui l’a transportée aux confins du visible et de l’invisible, dans les terres d’un très-profond de l’intime. Dans cet espace inouï, des disparus ont pris corps, des fantômes se sont levés, des vivants se sont rassemblés et une histoire incertaine aux contours floutés a pu commencer à s’écrire : celle d’une histoire familiale sur quatre générations marquée par les migrations à travers des pays d’Europe, les guerres, la violence, l’exil. Pendant ce travail, des thèmes récurrents sont apparus : l’enfance, la filiation, l’empreinte de l’Histoire.

De la «petite photographie de famille crantée», retrouvée un soir d’automne avec laquelle le voyage a débuté, à son triptyque photographique Exils/Réminiscences jusqu’au projet actuellement en cours qui clôturera ce cycle, la photographe refait le chemin et nous parle de son geste photographique de fouille incessante d’images, du blow up qui révèle, des accidents photographiques aux allures prophétiques, de la présence des textes dans leurs formes poétique et narrative, ouvrant un espace hybride de création.

Ce sont des « images au futur » dont nous parle Christine Delory-Momberger. Si son geste photographique la fait revenir sur des photographies anciennes qu’elles soient personnelles ou tirées d’archives et de photogrammes, son travail n’est pas empreint de nostalgie, il n’est pas à la recherche d’un temps perdu qu’il faudrait retrouver. Sa quête la déporte dans des floutés d’images, des dé-cadrés photographiques, des interstices, des écarts de clair et d’obscur où l’invisible affleure, révèle et transforme, inscrivant le travail photographique dans une actualité d’un vivant se libérant de ses liens et agissant en-commun dans l’actualité d’un monde en bascule. C’est en cela que sa photographie s’inscrit dans les nouvelles écritures de la photographie documentaire.